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Dow Jones, 125 ans au coeur de Wall Street et de l'économie américaine

il y a 3 mois
Le plus ancien indice boursier américain a traversé l'histoire économique et financière des Etats-Unis, dont il a reflété l'essor, les transformations et les crises. Il est resté l'un des baromètres fétiches de Wall Street.

En cent vingt-cinq ans, le Dow Jones a connu six guerres, dont deux conflits mondiaux, deux krachs, une quinzaine de tempêtes financières (1907, 2007…) et autant de crises politiques et géopolitiques sous 23 présidents américains. Le plus ancien indice boursier donne le pouls de Wall Street depuis plus d'un siècle. Toutes les entreprises piaffent pour entrer dans ce club très fermé, restreint à 30 titres depuis 1928.

Le Dow Jones joue ce rôle d'équilibriste : offrir une image représentative et diversifiée d'un marché boursier qui compte plus de 3.500 sociétés. Depuis 2012, il est géré par une coentreprise S&P Dow Jones Indices, regroupant S&P global (informations financières et notation), le groupe Chicago Mercantile Exchange (marchés) et News Corp (groupe de médias qui détient le « Wall Street Journal »). Une triple force de frappe dans un secteur très concurrentiel.

Malgré les critiques (manque de diversification et de transparence sur les changements de sa composition), il a résisté à la concurrence et à l'essor du nombre d'indices de toutes sortes. Le Dow Jones reste très populaire chez les particuliers et boursicoteurs. il l'est moins chez les institutionnels, qui lui préfèrent l'indice plus large de 500 valeurs de Standard & Poor's (S&P 500). Sa simplicité fut son meilleur atout pour durer. Les investisseurs y ont vu une garantie de fiabilité éprouvée avec le temps. Sa stabilité rassure. Tous les trois ans, cet indice est remanié avec une à trois sorties et autant d'entrées. Rareté pour les indices boursiers : son nom est resté associé à ses créateurs, Charles Dow et Edward Jones. Il a accompagné la démocratisation de l'investissement boursier jusqu'au krach de 1929.

Il a épousé les soubresauts de l'économie américaine et connut un long marasme lors de la Grande Dépression. Il redécolle à partir de la fin de la guerre de Corée et jusqu'à l'escalade de la guerre du Vietnam. L'inflation, la hausse des dépenses publiques et militaires et la multiplication des troubles sociaux allaient miner durablement le baromètre de Wall Street.

Après une longue période de stagnation marquée par les deux chocs pétroliers, le Dow Jones s'envole du début des années 1980 jusqu'au nouveau millénaire. En dix-huit ans (1982-2000), sa valeur est multipliée par 11. C'estla plus forte période de hausse de sonhistoire. Il lui avait fallu soixante-seizeans pour franchir la barre symboliquedes 1.000 points le 14 novembre 1972. Il a été beaucoup plus rapide par la suite, caracolant à marche forcée.

1896, naissance sous le signe du chemin de fer

C'est le 26 mai 1896 que le grand public prit connaissance de l'indice qui allait rythmer la vie de Wall Street le siècle suivant. Le Dow Jones était apparu pour la première fois le 3 juillet 1884 dans l'« Afternoon News Letter », une lettre d'informations boursières confidentielles qui deviendra le « Wall Street Journal ». Charles Dow et Edward Jones conçurent une mesure de la performance globale des actions américaines. Cet indice était composé de 11 sociétés, dont 9 compagnies de chemin de fer et 2 entreprises industrielles (Western Union et Pacific Mail, respectivement dans le secteur du télégraphe et des machines à vapeur).

Il inclut des sociétés comme American Tobacco Company, American Sugar Company et General Electric. Ce dernier détient le record de longévité (cent vingt-trois ans) dans le plus ancien baromètre de Wall Street. Il n'en est sorti qu'en 2018.

A ses débuts, la composition de l'indice était fréquemment remaniée, tous les mois. L'avènement de la puissance économique américaine au premier rang mondial n'était pas un long fleuve tranquille. Destructions créatrices, faillites, fusions, concentrations : la volatilité du Dow Jones et les changements incessants de sa composition allaient refléter les tourbillons du capitalisme financier américain. Il dut sa notoriété à sa diffusion par la bible des investisseurs, le « Wall Street Journal ».

Krach de 1929, la fin des années folles

Aux vingt années de stagnation et montagnes russes du Dow Jones a succédé, en 1924, une euphorie spéculative sans précédent. Elle débouche sur un krach et une grande dépression. Le 24 octobre 1929 à midi, le Dow Jones plonge de 22,6 %. Mais ce jeudi noir, le vice-président de la Bourse de New York parvient à convaincre d'autres investisseurs d'acheter des titres pour sauver le temple du capitalisme.

Richard Whitney, qui était aussi courtier pour JP Morgan monte sur l'estrade pour acheter 25.000 actions US Steel à 205 dollars par titre, un prix nettement supérieur au dernier cours. Le marché ne perd finalement que 2,1 % grâce à des achats en fin de journée. Les acheteurs du jeudi regretteront amèrement leurs investissements quatre jours plus tard. Le lundi suivant, le Dow Jones cède 13 % et encore 12 % le lendemain. Wall Street perdit durant ces journées davantage que le coût de la Première Guerre mondiale pour les Etats-Unis.

Quand la bulle boursière éclate, l'austère Henry Ford déclare : « Je vous l'avais bien dit. Cela vous apprendra à jouer et à vous endetter. Le pays, lui, est sain. » Dans les cinq années qui ont précédé le krach, la valeur du Dow Jones avait été multipliée par quatre. Toute la population s'est prise de passion pour la spéculation boursière. Le réveil fut douloureux. En près de trois ans, du krach à l'été 1932, le Dow Jones perdra plus de 90 % de sa valeur pour tomber à 41,22 points le 8 juillet 1932. L'action de la banque Goldman Sachs, qui avait atteint 222,50 dollars en pleine euphorie spéculative, chute à 1,75 dollar en 1932. Le Dow Jones mettra vingt-cinq ans pour revenir à son niveau d'avant le krach. Il connut une intense volatilité et enregistra la plus forte hausse de son histoire (+14,9 %) le 6 octobre 1931, le jour du début du procès d'Al Capone pour fraude fiscale. Les fraudeurs boursiers eurent un répit. Le gendarme des marchés financiers, la Securities and Exchange Commission, ne fut créée qu'en 1934.

19 octobre 1987, le jour le plus long

C'est l'année de sortie du film « Wall Street » d'Oliver Stone que la bourse américaine connaît un plongeon aux ramifications planétaires. « L'avidité est bonne, Buddy ! » martelait Gordon Gekko, le Méphistophélès du trading, à son jeune protégé, « Bud Fox ». Le krach mettra un coup d'arrêt à l'ascension frénétique des actions américaines. Le lundi 19 octobre 1987 fut le jour le plus long de la finance américaine. L'indice Dow Jones plongea de 22,6 % de 2.246,73 à 1.738,74 points. Aucun signe avant-coureur du chaos n'apparut sur les écrans des traders la semaine précédant le krach : dollar en baisse, déficit commercial américain plus fort qu'attendu, rumeur d'un possible durcissement de la réglementation des OPA hostiles.

Le lundi, tous les marchés de la planète, de Tokyo à Paris, Londres et Wall Street, perdent pied. « Wall Street est devenu folle » titra le « New York Post » le lendemain. A posteriori, ce fut les automates de trading qui furent accusés de tous les maux. Sans « cervelles », ils ont vendu de manière mécanique et amplifié le plongeon. La théorie des marchés rationnels et efficients fut aussi mise à mal pour son incapacité à expliquer les successions de bulles et de krachs qui émaillent l'histoire de Wall Street depuis plus d'un siècle. Deux ans plus tard commencera une autre crise, celle des caisses d'épargne américaines. Certains de ses gérants s'étaient vus en traders de Wall Street et avaient pris des risques inconsidérés avec les économies des Américains.

2000, sous la bulle techno l'espoir d'une nouvelle ère

En novembre 2000, Kevin Hassett et James Glassman sortent un ouvrage polémique « Dow 36.000 » qui annonce, en pleine débâcle des valeurs Internet et technologies, une nouvelle ère de prospérité pour l'indice Dow Jones. Les auteurs, dont un ancien de la Réserve fédérale, voient le baromètre de Wall Street, à l'époque autour de 10.000 points, bondir à 36.000 points dans les années à venir. Il est aujourd'hui à tout juste 4 % de ce chiffre. « La planète est au beau milieu d'une complète réévaluation de la valeur des actions », martelaient-ils.

Sur le long terme, les actions ne sont pas plus risquées que les obligations d'Etat, et bien plus rentables. L'amélioration de la productivité des groupes américains grâce aux nouvelles technologies et à Internet n'en est qu'à ses débuts. Le krach des valeurs technologiques opérera une sélection, certes brutale, entre les gagnants et les perdants, mais ne remettra pas en cause la « nouvelle ère ». Le principal baromètre de Wall Street fut relativement épargné par la curée de 2000. Plus diversifié que le Nasdaq (marché des valeurs technologiques), l'indice Dow Jones ne perdit que 10 % en 2000, soit quatre fois moins que les grandes valeurs de la tech américaine. Protégé par son conservatisme et sa prudence, l'indice phare des titres américains avait intégré avec parcimonie les grands groupes de la technologie (Microsoft, Intel, Hewlett-Packard, IBM).

11 septembre 2001, le terrorisme islamiste frappe l'Amérique et Wall Street

Le New York Stock Exchange et le Nasdaq n'ouvrirent pas le 11 septembre 2001 et restèrent fermés jusqu'au 17. La semaine de sa réouverture, le Dow Jones plonge de 14,3 %, sa plus mauvaise semaine depuis 1933. L'équivalent du PIB de la France a été détruit par la chute du marché.Depuis ces attaques, une minute de silence est observée sur le parquet de la Bourse de New York à la date anniversaire. Grâce au soutien de la Réserve fédérale et à la mobilisation générale (ville de New York, marchés…) « cette tragédie humaine ne fut pas aggravée par une crise financière », souligna le rapport sur les conséquences économiques du 11 septembre présenté au Congrès en 2002. Dans un redressement patriotique et une « union sacrée », l'économie américaine et Wall Street se ressaisirent alors que la guerre contre terrorisme islamiste débutait.

La plus longue période de fermeture de la bourse de New York (136 jours) fut lors d'un autre conflit mondial. Elle avait été fermée entre le 1er août 1914, jour de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie, et le 14 décembre. A sa réouverture, le Dow Jones avait connu la plus forte chute journalière(-24,39 %) de son histoire, devant le krach de 1987. Lors des autres grandes tragédies humaines (assassinat du président Kennedy, tentative de meurtre du président Reagan), les actions américaines perdirent entre 1 % et 3 %.

Crise du Covid-19, l'année de tous les extrêmes

Le marché boursier américain fut confronté à une situation inédite en 2020. La pandémie et le confinement de toute la planète provoquèrent une onde de choc mondiale. Le Dow Jones enregistra la plus forte chute journalière en points (-2.013,76) de son histoire le 9 mars, en pleine tempête mondiale sur les places financières. Après de nombreuses crises financières et bancaires, Wall Street devait apprendre à vivre avec une crise sanitaire sans précédent.

Des millions de particuliers désoeuvrés furent saisis du virus de la spéculation comme dans les années 1920. Encouragés par des courtiers en ligne « low cost » comme Robinhood, et par des influenceurs des réseaux sociaux, ils se ruèrent en masse sur les actions américaines. Mais les valeurs de l'indice Dow Jones étaient bien trop ennuyeuses pour la nouvelle génération de spéculateurs. Elles n'étaient pas assez volatiles, rentables ou même amusantes comme pouvaient l'être Tesla et son iconoclaste patron, Elon Musk. Le cours de sa société avait été multiplié par sept en 2020, alors que le Dow Jones gagnait seulement 7 %. Le 24 novembre 2020, il avait franchi pour la première fois la barre des 30.000 points. En pleine pandémie, le plus ancien indice boursier s'était payé le luxe d'éjecter la société Pfizer et Exxon Mobil (présent dans l'indice depuis 1928).

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