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Matières premières : le supercycle divise les experts

il y a un mois

 Métaux, pétrole, gaz naturel, produits agricoles…
les cours sont résolument repartis à la hausse.

Mais les professionnels du secteur n'y voient pas tous l'amorce d'un « supercycle ».

Le débat fait rage parmi les spécialistes des matières premières ! La remontée spectaculaire des cours après la pandémie correspond-elle à l'entrée dans un nouveau supercycle, c'est-à-dire une hausse des prix de l'énergie, des métaux et des produits agricoles destinée à durer au moins une dizaine d'années ? Ou bien n'est-elle qu'un banal rattrapage dans un environnement chaotique, tant du côté de la production que des chaînes logistiques ? Cette question fondamentale pour le marché a monopolisé les débats au Commodities Global Summit (organisé par le « Financial Times »), le rendez-vous annuel incontournable des spécialistes du secteur.

L'idée d'un nouveau supercycle comparable à celui des années 2000 - alors porté par l'urbanisation et l'émergence de la Chine - a pour la première fois été explicitement évoquée dans une note de Goldman Sachs fin 2020. Quelques mois plus tard, l'économiste star de la banque et spécialiste des matières premières Jeff Currie persiste et signe. Pour lui, le marché est à l'aube d'un nouveau supercycle : « Ce ne sont pas les vaccins, ni la transition énergétique qui vont entraîner une hausse de la demande, c'est le Covid lui-même », explique l'expert. La pandémie ayant exposé au grand jour les inégalités dans le monde et la vulnérabilité des ménages modestes, « les gouvernements vont faire la guerre aux faibles revenus ».

Les bas revenus font les volumes

La réponse des Etats à la crise sociale, explique Jeff Currie, sera plus redistributive et se concentrera sur les ménages à faibles revenus. Leur consommation va entraîner une hausse phénoménale de la demande en biens physiques et donc des « volumes » de matières premières. Sur les marchés de matières premières on ne peut pas tricher avec les chiffres, on ne peut pas gonfler le prix en injectant de l'argent comme pour les obligations ou les actions. « Tout dépend des volumes, est-ce que la demande est au-dessus de l'offre, c'est aussi simple que cela », insiste l'économiste, et c'est la consommation des bas revenus qui fait ces volumes. Les besoins en matériaux seront d'autant plus forts que laconsommation de ces ménages est plus intensive en matières premières que celle des plus riches.

Sir Mick Davis, du fonds Vision Blue Resources va dans le même sens, évoquant les plans de relance qui font la part belle aux infrastructures mais aussi à la redistribution en faveur des ménages les plus pauvres. Autre moteur de la hausse : la transition énergétique. Pour lui, l'investissement dans les renouvelables constitue un « changement structurel et les besoins de matières premières qui lui sont liés vont s'intensifier dans les années à venir ».

En outre, pour certains métaux, comme le cuivre, « l'offre minière ne pourra pas répondre à la demande en raison des sous-investissements » chroniques de ces dernières années. Un avis partagé par le patron du négociant Trafigura Jeremy Weir. « Ce n'est pas un phénomène qui va durer un an ou deux, cela va durer une décennie ou plus », assure le trader.

Jumana Saleheen, cheffe économiste au sein du cabinet d'analyse CRU, relativise la remontée des prix en l'inscrivant dans un cycle économique plus ordinaire de redémarrage. « La reprise post-covid correspond à une reprise normale quand on observe les prix de matières premières. » Par ailleurs, les projets d'extension et les nouveaux projets miniers devraient permettre de satisfaire les besoins, estime-t-elle. « L'industrie a une longue histoire de promesses non tenues, coupe Sir Mick Davis, penser que les projets en cours suffiront à répondre à la hausse de la demande est illusoire ». Une simple extension de mine nécessite en effet 3 à 5 ans et le déploiement de centaines de millions de dollars avant de produire la moindre tonne de métal.

Mini-supercycle agricole

Mark Williams spécialiste de l'Asie pour Capital Economics se montre tout aussi sceptique à l'idée d'un nouveau supercycle. Certes les dépenses publiques sont exceptionnelles, mais la Chine a mis en place « un bon vieux programme d'infrastructures, c'est une réponse cyclique ». Tout dépendra de la demande chinoise sur le long terme, affirme l'expert, et le virage vert de l'ex-Empire du Milieu tant évoqué est pour le moins ambigu. Certes, il va doper les besoins en métaux, mais la transition énergétique va aussi peser sur la croissance chinoise. Elle va de nouveau être divisée par deux dans les années à venir, anticipe l'expert. Difficile dans ces conditions d'imaginer une hausse de la consommation de matières premières à même d'entraîner une flambée des prix durable.

Du côté des matières premières agricoles, qui ont une dynamique différente car elles dépendent de la météo, les acteurs du marché sont très optimistes. « Oui nous sommes dans un supercycle », a affirmé Alex Sanfeliu, responsable mondial du trading chez Cargill, avant de nuancer : « Appelons cela un mini-supercycle. » Car selon ses prévisions, les prix du maïs, du soja et du blé resteront élevés seulement pendant les 2 à 4 prochaines années et non pas pendant 10 ans. La demande chinoise pour nourrir son cheptel de porcs en reconstitution ainsi que les besoins en agrocarburants sont les deux principaux facteurs de tension sur les marchés de grains.


AUTHOR : ETIENNE GOETZ

© LES ECHOS 2021

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