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La taxonomie, un dictionnaire européen pour définir les activités « vertes »

il y a 11 mois

Née du plan de bataille de Bruxelles pour développer la finance durable, cette classification doit permettre d'évaluer à quel point un actif est favorable à l'environnement.

Qu'est-ce qu'une activité « verte » ? Jusqu'à présent, avoir une réponse à cette question relève souvent du casse-tête pour les investisseurs. Mais la « taxonomie » élaborée en Europe, sur laquelle ils vont bientôt pouvoir s'appuyer, doit changer la donne. Vrai dictionnaire, ce système de classification né du plan d'action présenté en 2018 par la Commission pour développer la finance durable va leur permettre de savoir ce qu'est un investissement considéré comme vert par l'UE.

Selon Thomas Pellerin-Carlin, directeur du Centre énergie de l'Institut Jacques-Delors, c'est une « grille d'analyse » pointue grâce à laquelle ils pourront orienter leurs financements vers la transition écologique.

« La taxonomie européenne est probablement le projet de réorientation des flux financiers le plus complexe jamais créé, écrit Victor Murzeau, consultant du Carbone 4 dans une note publiée récemment. Cela demande d'identifier et d'évaluer l'ensemble des activités au sein d'une économie et de déterminer si cette activité peut être 'durable'».

Trois grands critères

La liste a été construite autour de trois grands critères. En premier lieu, pour être qualifié de vert, un investissement doit être favorable à l'environnement sur au moins un des six objectifs fixés (lutte contre le changement climatique, adaptation au changement climatique, économie circulaire, prévention de la pollution, gestion de l'eau et protection des écosystèmes).

En parallèle, il ne doit causer de dommages significatifs (en anglais, c'est le principe du « do not significantly harm ») à aucun de ces objectifs… d'où l'âpre bataille menée ces derniers mois autour de l'inclusion ou non du gaz fossile et du nucléaire. Enfin, les activités doivent respecter les grandes orientations internationales comme les règles sur le travail, etc.

Couperet

Pour l'instant, le travail a été fait sur la partie climat ; il doit encore être étendu aux autres secteurs de l'environnement et aux sujets sociaux. « Telle qu'elle avait été conçue à l'origine, cette taxonomie était extrêmement exigeante », souligne Philippe Zaouati, le directeur général de Mirova, la filiale de finance durable de Natixis IM. Sur la partie climat, « seules figuraient sur la liste les activités très favorables au climat et qui ne posaient pas d'autres problèmes. Le tout représentant entre 3 et 4 % de l'économie ». Une part très mince.

Selon le financier, « il ne faut donc pas imaginer que la taxonomie est un couperet énorme qui séparerait du jour au lendemain le monde en deux, entre ce qui sera finançable et ce qui ne le sera pas ». Mais il juge que l'inclusion de projets gaziers jusqu'en 2030 est un « très mauvais signal » qui va à l'encontre des objectifs de réduction des émissions et qui limite la portée de la taxonomie européenne au sein de la finance.

Question de crédibilité

La taxonomie va se durcir dans le temps, notamment pour prendre en compte les évolutions technologiques et les nouvelles connaissances scientifiques. On a, par exemple, aujourd'hui encore une mauvaise connaissance de l'impact des éoliennes en mer sur la biodiversité marine, en particulier sur certains grands oiseaux.

La taxonomie n'a rien d'obligatoire, mais les entreprises vont pouvoir dire quelle est la proportion de leur activité (chiffre d'affaires et capex) qui y est éligible. Suez a fait l'essai avec ses comptes 2020. Résultat : 74 % de son chiffre d'affaires est admis dans le référentiel, selon le groupe. De leur côté, les financiers, en particulier les fonds à impact, devront dire quel pourcentage de leurs actifs y est investi. Un moyen pour que la part de la taxonomie dans l'économie, de quelques pourcents aujourd'hui donc, augmente avec le temps, explique Philippe Zaouati.

Il est cependant difficile de dire quel sera l'impact final, estime Thomas Pellerin-Carlin, pour qui « plus la taxonomie sera crédible, plus les chances seront grandes que les assurances et les fonds de pension s'en emparent ».

intertitre

Author : MURYEL JACQUE

©right; Les Echos 2022

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