Passer au contenu principal Passer au pied de page du site

You are using an outdated browser. Please upgrade your browser to improve your experience.

Cause climatique : trois raisons d'y croire

il y a 14 jours
Face à la multiplication des événements extrêmes liés au changement climatique, il est facile de céder au désespoir ou au fatalisme. Pourtant, il existe aussi de nombreuses raisons d'être optimiste sur nos chances de combattre ce bouleversement. Les progrès technologiques en font partie, mais aussi la pression de plus en plus forte des opinions publiques.

Il suffit maintenant d'ouvrir les yeux pour voir les effets du changement climatique. Les forêts françaises, en ce début de septembre, sont en grande partie desséchées : les feuilles des arbres sont racornies, les conifères roussis. Une épaisse couche de feuilles mortes couvre le sol. C'est la conséquence de l'un des étés les plus chauds et les plus secs jamais enregistrés depuis que Météo France a commencé à enregistrer les températures.

L’ANALYSE DE LA RÉDACTION Face à la multiplication des événements extrêmes liés au changement climatique, il est facile de céder au désespoir ou au fatalisme. Pourtant, il existe aussi de nombreuses raisons d’être optimiste sur nos chances de combattre ce bouleversement. Les progrès technologiques en font partie, mais aussi la pression de plus en plus forte des opinions publiques.

Sur la côte ouest des Etats-Unis, les mêmes causes ont conduit ces derniers jours à des incendies dévastateurs : plus de 800.000 hectares brûlés, des centaines de milliers de personnes évacuées. Dans le monde entier, les signes s'accumulent, de la fonte des glaces record en Arctique et au Groenland à des tornades à répétition aux Etats-Unis, en passant par des inondations record en Asie du Sud-Est.

Pendant ce temps, les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter. Elles ont à peine reculé lors de l'épidémie de coronavirus, qui a pourtant paralysé l'économie mondiale pendant de longs mois. Face à ce constat, il est tentant de baisser les bras. Pourtant, des marges de manoeuvre existent pour contrer le réchauffement climatique.

Première bonne nouvelle, les sources d'énergie les plus propres sont maintenant parfois les moins chères. « Les énergies renouvelables, et en particulier l'énergie solaire, sont devenues de plus en plus compétitives ces dernières années », explique le directeur de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol. « L'énergie solaire est d'ores et déjà la source d'énergie la moins chère dans de nombreuses régions du monde. » L'éolien en mer devrait lui aussi croître de façon exponentielle ces prochaines années.

Pour garantir la sécurité du système électrique, il faudra aussi investir dans des capacités de stockage - batteries, mais aussi barrages hydroélectriques ou encore électrolyseurs, qui permettent de transformer l'électricité en gaz et donc de la stocker sur de longues périodes de temps - et dans les réseaux électriques. Ces technologies, de moins en moins chères elles aussi, pourront être déployées à grande échelle.

Dans un rapport publié récemment, l'AIE estime que les technologies déjà rentables permettront d'éliminer 60 % environ de nos émissions de gaz à effet de serre. Les 40 % restants, les plus difficiles à « décarboner », proviennent surtout de l'industrie - production de métaux et de ciment, industrie chimique en particulier - et des transports. Des solutions existent déjà : l'électrification des transports du quotidien et d'une partie de l'industrie, les biocarburants pour l'aviation, l'hydrogène, ou encore le captage et le stockage de carbone pour les industries lourdes.

Cependant, le coût de ces technologies est encore trop élevé pour qu'elles soient utilisées à grande échelle, sans aide financière des Etats. « Le défi est maintenant d'amener ces technologies à un stade où elles sont viables commercialement », explique l'auteur de cette étude. Ce qui nécessitera des investissements massifs dans les prochaines années.

Le rôle du secteur public et des gouvernements mondiaux est donc crucial. Valérie Masson Delmotte, paléoclimatologue, qui copréside l'un des groupes du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), constate une « prise de conscience partout dans le monde » qui est « particulièrement vive chez les plus jeunes ».

C'est la deuxième bonne nouvelle : depuis les accords de Paris en 2015, le débat a changé, et la prise de conscience des décideurs publics est désormais un acquis. Après la crise financière de 2009, les plans de relance économique, par exemple, ne tenaient aucun compte du climat, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. « En Europe, en tout cas, on cherche à trouver un équilibre entre transition écologique et compétitivité de l'industrie », note la scientifique.

Les pays européens ne sont pas seuls à agir. La conscience d'être en première ligne du changement climatique est particulièrement aiguë dans les pays en développement, surtout chez les plus jeunes. De nombreux pays émergents, dont la Chine et l'Inde, commencent à réduire la pollution de l'air, devenue un problème majeur de politique publique.

Enfin, la prise de conscience est réelle aussi dans les entreprises. Certaines se positionnent sur des secteurs vitaux pour la transition énergétique, comme le danois Ørsted, spécialiste des énergies renouvelables, ou le français Schneider Electric, qui propose des solutions pour réduire les émissions des bâtiments.

D'autres annoncent des objectifs ambitieux, bien que difficilement vérifiables, de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, dont les géants du numérique Google et Apple. Même les majors pétrolières, qui ont le plus contribué au changement climatique, reconnaissent désormais que cette partie de leur activité devra décliner dans les prochaines années.

« Aujourd'hui, les sujets climatiques sont souvent traités au niveau du comité exécutif, car on touche au financement qui est une question majeure », explique Benoît Leguet, directeur du think tank I4CE. « Cela vient de l'intérieur de l'entreprise, mais ces changements sont aussi facilités par la pression des investisseurs. »

Les points à retenir

  • Les sources d'énergie les plus propres sont maintenant parfois les moins chères.
  • L'AIE estime que les technologies déjà rentables permettront d'éliminer 60 % environ de nos émissions de gaz à effet de serre.
  • Depuis les accords de Paris en 2015, le débat a changé, et la prise de conscience des décideurs publics est désormais un acquis.
  • La prise de conscience est réelle aussi dans les entreprises.

Author : Hortense Goulard

Orginal article : 2020-09-21

© LesEchos 2020

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies.
Les cookies utilisés permettent une meilleure expérience de navigation sur ce site.
En savoir plus