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L'Oréal se donne dix ans pour verdir ses produits

il y a 3 mois

Le géant mondial des cosmétiques va s'appuyer sur les « Green Sciences » pour que d'ici à 2030, 95 % des ingrédients de ses formules soient issus de sources végétales ou renouvelables. Un process par étapes qui va lui permettre d'imiter la nature, sans piller la planète.

« Volume millions de cils » de L'Oréal Paris. Ce mascara, lancé en mai, est un des exemples de la nouvelle stratégie du géant français des cosmétiques. Sa formule a été élaborée à partir de 91 % d'ingrédients d'origine naturelle (huile de colza, amidon, glycérine). Et sa brosse est en plastique recyclé, et recyclable. Après le digital, L'Oréal prend le virage des « Green Sciences », ou biosciences.

Il s'agit de répondre à l'inquiétude des consommateurs sur les effets possibles des cosmétiques sur leur santé et de protection de l'environnement. Le numéro un mondial du secteur s'est fixé pour objectif d'avoir 95 % des ingrédients de ses produits issus de sources végétales, ou renouvelables d'ici à 2030, avec 100 % de ses formules sans danger pour l'environnement.

100 % de formules sans danger

Un défi qui mobilise sa R&D depuis une dizaine d'années, et que devra relever son nouveau directeur général, Nicolas Hieronimus. Car, aujourd'hui, 32 % des matières premières sont d'origine naturelle. « Le bio est un des éléments de réponse. Mais c'est une petite partie du marché. Nous voulons aller bien au-delà afin de pouvoir transformer l'intégralité de notre portefeuille », insiste le directeur de l'innovation durable du groupe, Laurent Gilbert. « Et pour cela, il faut y associer les biotechnologies », ajoute-t-il.

Pour relever le défi, L'Oréal à plusieurs cordes à son arc. « Nous avons deux types d'approches, remplacer la pétrochimie par la voie des biotechnologies, et travailler sur la fonctionnalité des produits. C'est-à-dire ne pas remplacer un ingrédient en tant que tel, mais délivrer les mêmes effets à partir de polymères naturels », précise le scientifique.

Reproduire des fils d'araignées

L'Oréal travaille ainsi avec une start-up sur les toiles d'araignées, dont les fils sont souples et résistants, d'où leur intérêt pour les cheveux. Mais pas question d'élever des millions d'araignées. L'idée est donc, à partir de molécules issues de plantes, de reproduire ces fonctions. Les enzymes sont également une ressource intéressante.

Grâce à sa collaboration avec le laboratoire Micreos, le géant mondial va lancer au dernier trimestre 2021, chez La Roche-Posay, une crème qui permet de cicatriser son acné ou son eczéma en quelques jours de traitement. « Obtenu à partir d'enzymes, ce principe actif inclus dans une crème est capable de cibler spécifiquement l'acné, et il est obtenu à partir des biotechnologies, avec une performance bien supérieure à celle des procédés traditionnels. C'est une grande innovation », souligne Laurent Gilbert.

Culture de cellules de roses

Autre piste : remplacer des matières de synthèse obtenues via la pétrochimie par d'autres, d'origine végétale. Au lieu du silicone, utilisé dans les shampoings pour réparer les cheveux, L'Oréal mène ainsi des recherches sur l'extraction de sucre à partir de champignons. Un polymère naturel qu'il faut ensuite transformé, et formulé pour améliorer ses qualités de démêlage et de touché soyeux. Un process encore très en amont.

Ses scientifiques travaillent aussi sur la possibilité d'imiter la nature. Un savoir-faire pour lequel le groupe a déjà une expertise. En 1974, il a ouvert à Tours une unité de production capable de reproduire des cellules de plancton, via un fermenteur. Il faut 21 jours pour fabriquer ce principe actif de Biotherm qui, jusque-là provenait d'une source thermale des Pyrénées.

Expérience industrielle

« Ce micro-organisme est difficile à faire croître. C'est un procédé sensible continu et stérile, poursuit le directeur de l'innovation durable. Nous avons réussi à l'améliorer au fil des années pour qu'il devienne rentable. Ce qui nous donne avec cette base historique, une expérience industrielle pour l'étendre à d'autres micro-organismes. »

Depuis 2012, des cellules de roses sont ainsi cultivées. Les chercheurs les prélèvent sur des pétales ou des feuilles de la fleur, et elles sont ensuite multipliées dans un fermenteur, pour en faire un actif utilisé dans les soins Lancôme. Pour le parfum, en revanche, le groupe continue de se fournir en vraies fleurs.

Avec ce travail de transformation de longue haleine, depuis 2005, 30 % des volumes ont fait cette bascule. Il faut aller plus loin. « Cela représente des efforts considérables. Nous nous sommes donné dix ans, et cela se fera étape par étape, avec des briques séquentielles », précise Laurent Gilbert, et des process hybrides. Pour certains produits, changer la formule, en conservant son efficacité, demandera plus de temps. C'est le cas des colorants capillaires, des filtres solaires ou encore du parfum.

Author : DOMINIQUE CHAPUIS

© Les Echos 2021

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